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Avant l’affaire Thélyson Orélien, voici le scandale d’un niçois qui a secoué le monde littéraire
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Avant l’affaire Thélyson Orélien, voici le scandale d’un niçois qui a secoué le monde littéraire

26 septembre 2026 · 3 min de lectureÉcouter l’article1 min
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Romain Gary a grandi à Nice, dans la pension que tenait sa mère boulevard François-Grosso. C’est le seul écrivain à avoir reçu deux fois le prix Goncourt : en 1956 sous son nom, en 1975 sous celui d’Émile Ajar. L’Académie ne l’a su qu’après sa mort.

À retenir

  • Romain Gary (1914-1980) arrive à Nice en août 1928, à 14 ans. Sa mère tient l’hôtel-pension Mermonts, 7 boulevard François-Grosso, où une plaque date son séjour de 1930 à 1933, et il passe son bac au lycée Masséna en 1933.
  • C’est le seul écrivain couronné deux fois par le Goncourt : « Les Racines du ciel » en 1956, puis « La Vie devant soi » le 17 novembre 1975 sous le pseudonyme d’Émile Ajar, alors que le règlement n’autorise qu’un prix par auteur.
  • La supercherie éclate après sa mort, le 2 décembre 1980 : Paul Pavlowitch, son petit-cousin, parle à « Apostrophes » le 3 juillet 1981, et « Vie et mort d’Émile Ajar » paraît chez Gallimard le 17 juillet 1981.

Vendredi 25 septembre 2026, l’Académie Goncourt a retiré « C’était ça ou mourir » de sa première sélection. Le roman de Thélyson Orélien serait selon elle très largement le produit d’une intelligence artificielle, rapporte franceinfo. Il venait de recevoir le prix du roman Fnac. L’auteur conteste et l’affaire n’a pas fini de faire parler. Le Goncourt, en tout cas, s’est déjà fait avoir, et sans aucune machine. Par un ancien élève du lycée Masséna à Nice.

Qui était ce Niçois aux deux Goncourt ?

Il s’appelle encore Roman Kacew quand il débarque à Nice, en août 1928. Il a 14 ans, il est né à Vilnius. Sa mère finit par prendre la gérance de l’hôtel-pension Mermonts, au 7 boulevard François-Grosso. Trente-six chambres, deux étages d’appartements et un restaurant. Le fils entre en quatrième au lycée Masséna, où il décroche son bac en 1933. Tout ça, il le racontera en 1960 dans « La Promesse de l’aube » : cette mère qui lui prédit la gloire, la pension, la Promenade, le marché de la Buffa… L’immeuble s’appelle aujourd’hui Les Pervenches. Christian Estrosi, alors maire, y a dévoilé une plaque le 2 décembre 2013. Trente-trois ans jour pour jour après la mort de l’écrivain. Elle le fait vivre ici de 1930 à 1933, et lui accorde sans trembler ses deux Goncourt.

Plaque de marbre blanc au 7 boulevard François-Grosso à Nice : ici, de 1930 à 1933, vécut Romain Gary, écrivain, deux fois prix Goncourt, Compagnon de la Libération
La plaque boulevard François-Grosso © DR

Comment a-t-il pu gagner deux fois le Goncourt ?

Un auteur ne reçoit le Goncourt qu’une fois, le règlement ne laisse aucune porte ouverte. Gary l’a eu en 1956 avec « Les Racines du ciel ». Au début des années 1970, la critique le range au rayon des anciens et sa carrière patine, rappelle la RTBF. En 1974, un inconnu publie un premier roman, « Gros-Câlin ». Il signe Émile Ajar, et personne ne sait qui c’est. L’année suivante, « La Vie devant soi », l’histoire de Momo et de Madame Rosa à Belleville, décroche cette fois le Goncourt sous ce même nom. Encore fallait-il un visage. Gary envoie Paul Pavlowitch, son petit-cousin, tenir le rôle d’Ajar devant les journalistes. Puis l’avocate Gisèle Halimi annonce que l’auteur refuse le prix. Hervé Bazin, président de l’Académie, répond qu’un Goncourt ne s’accepte ni ne se refuse. Il couronne un livre, pas un écrivain.

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Quand la supercherie a-t-elle éclaté ?

Romain Gary se donne la mort à Paris le 2 décembre 1980. Le 3 juillet 1981, Paul Pavlowitch raconte tout sur le plateau d’« Apostrophes », chez Bernard Pivot. Deux semaines plus tard, Gallimard publie « Vie et mort d’Émile Ajar », le texte posthume où Gary démonte lui-même la farce. Les dernières lignes valent tous les communiqués : « Je me suis bien amusé. Au revoir et merci. » Génial, non ?

Où retrouver Romain Gary dans le 06 ?

À Nice, la bibliothèque patrimoniale du 21 bis boulevard Dubouchage porte son nom. À Roquebrune-Cap-Martin, il a vécu de 1950 à 1957 avec l’écrivaine anglaise Lesley Blanch, impasse Scarouget. Une plaque y rappelle son passage. Un buste de l’écrivain a été dévoilé en septembre 2023 dans le parc du Cap-Martin. Et c’est au large de Roquebrune que ses cendres ont été dispersées, comme il l’avait fait promettre à Lesley Blanch.

Plaque de la commune de Roquebrune-Cap-Martin en hommage à Romain Gary, impasse Scarouget, mentionnant ses prix Goncourt 1956 et 1975
Deux Goncourt, une seule plaque (et un seul auteur) © Wikimedia Commons

Sur cette plaque, la commune a fait graver les deux Goncourt l’un sous l’autre, 1956 et 1975, pseudonyme compris. Nice avait fait pareil boulevard François-Grosso. Le doublé que le règlement de l’Académie interdit, la Côte d’Azur l’a vissé deux fois au mur !

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on que Romain Gary est niçois ?

Né à Vilnius en 1914, il arrive à Nice en août 1928 avec sa mère, qui gère l’hôtel-pension Mermonts, 7 boulevard François-Grosso. Il fait sa scolarité au lycée Masséna jusqu’au bac, en 1933, et raconte cette jeunesse niçoise dans « La Promesse de l’aube » (1960).

Où voir les traces de Romain Gary à Nice et dans les Alpes-Maritimes ?

À Nice, une plaque au 7 boulevard François-Grosso (immeuble Les Pervenches), dévoilée le 2 décembre 2013, et la bibliothèque patrimoniale Romain-Gary, 21 bis boulevard Dubouchage. À Roquebrune-Cap-Martin, une plaque impasse Scarouget, où il a vécu de 1950 à 1957, et un buste dans le parc du Cap-Martin depuis septembre 2023.

Pourquoi le roman de Thélyson Orélien a-t-il été retiré de la sélection du Goncourt ?

Le 25 septembre 2026, l’Académie Goncourt a retiré « C’était ça ou mourir » (Grasset) de sa première sélection. Selon elle, le roman est très largement le produit d’une intelligence artificielle, et elle évoque aussi des plagiats. Thélyson Orélien conteste ces accusations.

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